Au Kazakhstan, des villages désertés et des villes surpeuplées

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Au Kazakhstan, des villages désertés et des villes surpeuplées.

Zaozerny (AFP) - Au bout d'une allée où les herbes folles envahissent l'entrée d'immeubles abandonnés, des chants d'enfants s'échappent du seul bâtiment habité. Puis le silence retombe à Zaozerny, l'un des innombrables villages du nord du Kazakhstan qui se vident de leur population.

"Ici c'est calme et paisible, j'ai toujours les enfants sous les yeux", euphémise Ioulia Sadvakassova, qui récupère son fils à la fête de fin d'année scolaire.

Autour de Zaozerny s'étend à perte de vue la steppe kazakhe, dont l'horizon n'est interrompu que par la tour d'une cimenterie.

Seule l'affiche placardée à l'école annonçant l'élection municipale de mi-juin 2026 rappelle que la vie ne s'est pas figée il y a plusieurs décennies, quand cette localité comptait environ 10.000 habitants à la disparition de l'Union soviétique, contre 216 aujourd'hui.

Désormais, les vaches foulent le plancher du théâtre, l'hôpital est un amas de gravats et il manque la moitié du visage au mineur d'uranium représenté sur une immense mosaïque soviétique.

Pour relier la première ville, il faut à Mme Sadvakassova une bonne voiture et de la patience : deux heures de route, principalement sur une mauvaise piste quasi-impraticable dès qu'il pleut ou neige.

"Les routes en gravier sont très abîmées. Malgré tout, dès que possible, nous sortons, même si c'est difficile", explique cette institutrice, pourtant attachée à cette bourgade.

Le destin de Zaozerny est commun à celui de nombreux villages dans cette ex-république soviétique d'Asie centrale, neuvième pays le plus grand au monde s'étirant jusqu'à 1.600 kilomètres du nord au sud et 3.000 d'ouest en est.

Selon les données officielles, 1.800 localités ont déjà disparu au XXIè siècle, et la tendance s'accélère. De nombreux villages fantômes ne sont déjà plus que des noms sur les cartes.

- "Pression énorme" à Astana -

L'immense majorité se trouvent dans les régions du nord du Kazakhstan - Akmola, Kostanaï, Kazakhstan-Septentrional et Pavlodar - qui ont perdu plus d'1,2 million d'habitants depuis l'indépendance en 1991, à rebours de la forte croissance démographique nationale.

La faute notamment à l'exode et au vieillissement de la population ethniquement slave, et au manque de perspectives économiques entraînant des migrations internes chez les jeunes.

Conséquence, 25 à 30% des quelque 20 millions de Kazakhs vivent dans trois villes: à Astana la capitale, Almaty et Chymkent, métropoles du sud bordant respectivement le Kirghizstan et l'Ouzbékistan.

"La population migre en masse vers Astana et Almaty" car "les infrastructures sociales sont insuffisantes dans les régions", avait reconnu début juin le président Kassym-Jomart Tokaïev, qui juge "négatif" ce phénomène.

Selon lui, Astana est "soumise à une pression énorme" qui "menace la pérennité des systèmes de chauffage et d'approvisionnement en eau" et "sature l'infrastructure scolaire".

Parmi les Kazakhs venus y chercher une meilleure vie, l'institutrice Anara Batalova a quitté sa petite ville industrielle et polluée de Balkhach (centre), où elle habitait "dans un immeuble soviétique classique", pour la capitale et son "dynamisme".

"Astana m'a attirée avec ses lumières, sa jeunesse, son animation, ses événements, expositions", énumère Mme Batalova, aussi motivée par les "perspectives" pour ses deux enfants.

"Tous nos amis et voisins sont des gens venus de différentes villes et villages", explique la trentenaire, installée en banlieue d'Astana, à Koschy. Cette ville dortoir a connu un développement spectaculaire depuis le début du siècle, passée d'à peine 2.000 à 80.000 habitants, selon le président Tokaïev.

- Programme de repeuplement -

Pour contrer le dépeuplement des campagnes et l'ultra-concentration dans les métropoles, le gouvernement propose des incitations financières aux habitants des régions du sud, à la population nombreuse et jeune, pour s'installer au nord.

Les résultats limités du programme, avec de nombreux retours notamment en raison des bas salaires et du rude climat hivernal, ont poussé les autorités à prendre des mesures plus radicales.

Depuis le printemps, il est impossible d'obtenir un permis de séjour pour vivre à Astana, Almaty et Chymkent pour les étrangers et Kazakhs ethniques rapatriés de l'étranger, qui doivent d'abord s'installer dans les régions centrales et septentrionales sous-peuplées.

A Zaozerny, malgré les difficultés, la maire par intérim Olga Joukova se félicite de progrès longtemps attendus par ses habitants.

"L'an dernier, notre village a été raccordé à l'eau courante et les rues sont éclairées", note-t-elle.

Désormais, tous les espoirs reposent sur la cimenterie voisine, veut croire Mme Joukova : "Après l'arrêt de la production de ciment en 2025, plusieurs familles nous ont quittés. Mais comme l'usine redémarre, nous espérons qu'elles reviendront".

This article was published Thursday, 6 August, 2026 by AFP (710 words)
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Cimenterie vers le village semi-abandonné de Zaozerny dans le nord du Kazakhstan, le 28 mai 2026 - Ruslan PRYANIKOV (AFP)

Cimenterie vers le village semi-abandonné de Zaozerny dans le nord du Kazakhstan, le 28 mai 2026 - Ruslan PRYANIKOV (AFP)


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