"Avant, c'était le paradis": en Martinique, l'enfer des sargasses

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"Avant, c'était le paradis": en Martinique, l'enfer des sargasses.

Le Robert (AFP) - Sur sa propriété, une villa au jardin fleuri, à quelques mètres de la mer, Thierry Lebrun, médecin de 69 ans, montre la corrosion qui gagne la robinetterie, l'électroménager et son véhicule. Au Robert, en Martinique, les sargasses, des algues brunes échouées en masse, dégagent des gaz toxiques en se décomposant.

"Avant, c'était le paradis ici. Maintenant, c'est l'enfer", se désole Thierry Lebrun en amont de la 4e conférence UE-Caraïbes sur les sargasses, les 1er et 2 octobre à Cancun (Mexique). Cette corrosion vient des émanations de sulfure d'hydrogène et d'ammoniac.

Quinze ans après les premiers échouements massifs aux Antilles, le problème s'aggrave. Les communes touchées ont déployé d'importants moyens techniques et l'État a dépensé des millions d'euros, mais les pouvoirs publics sont débordés par l'afflux incessant de tapis bruns.

Les habitants du Robert "en ont marre des sargasses", témoigne Félix Mérine, maire de cette commune de 21.500 habitants. En janvier puis en juillet, des résidents du quartier de Pontaléry ont manifesté. Les mangroves y rendent le ramassage des algues plus difficile. Plusieurs associations, dont celle de M. Lebrun, multiplient les recours en justice contre les autorités.

Située au fond d'une baie, la ville est particulièrement touchée. La mairie a affecté six agents municipaux et une pelle mécanique pour ramasser jusqu'à "5 tonnes par jour" d'algues. "Depuis dix ans, la ville du Robert a dépensé plus de 4 millions d'euros pour les sargasses", explique le maire, élu en mars 2026.

Créé en 2023, le Groupement d'intérêt public (GIP) Sargasses Martinique organise la lutte contre les échouements. L'État le finance à 80%, la Collectivité territoriale de Martinique et les trois communautés d'agglomération apportent les 20% restants.

Une fois sur la côte, les sargasses commencent à se décomposer au bout de 48 heures et exposent directement "entre 20.000 et 22.000" Martiniquais aux gaz nauséabonds. Avant la création du GIP, 15 kilomètres de barrages existaient déjà. L'entité "a l'ambition de construire 10 à 12 kilomètres en plus" dans les deux ans à venir.

Cette solution, exigée par les riverains, ne règle pourtant pas tout. Il faut entretenir ces structures flottantes, qui ont déjà cédé à plusieurs reprises, à cause d'une forte houle ou sous la pression des algues accumulées. C'est ce qui s'est produit au Robert à la mi-août. "Les agents municipaux ont réparé les dégâts", mais "on bricole à la hauteur de nos moyens", selon M. Mérine.

Observés au départ entre février et octobre, les échouements se produisent désormais toute l'année. 

Mais après quinze ans de collecte, et alors que les projets de valorisation de ces algues (engrais, bioéthanol, etc.) tardent à voir le jour, les sites de stockage des communes approchent de la saturation. Au Robert, le site de Pontaléry "va bientôt déborder", avertit le maire. "La Martinique est toute petite. On n'a pas de terrains vagues assez vastes pour mettre les sargasses."

 

This article was published Tuesday, 29 September, 2026 by AFP (474 words)
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Plage de la Porte d'Enfer à Anse-Bertrand, en Guadeloupe,  envahie par les algues sargasses le 26 octobre 2019 - Helene VALENZUELA (AFP)

Plage de la Porte d'Enfer à Anse-Bertrand, en Guadeloupe, envahie par les algues sargasses le 26 octobre 2019 - Helene VALENZUELA (AFP)


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