Bangladesh : autrefois encensé, un planning familial en crise
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Bangladesh : autrefois encensé, un planning familial en crise.
Dacca (AFP) - Le Bangladesh est loué depuis longtemps pour l'efficacité de son planning familial. Mais une récente pénurie de contraceptifs a remis en cause ses bons résultats et nourrit les craintes d'un rebond des naissances dans le pays, un des plus densément peuplés de la planète.
"Nous n'avons plus reçu de lots de préservatifs depuis quatre ou cinq mois", s'alarme Ahmed Bin Sultan, un fonctionnaire du centre de santé publique de Savar, un quartier de la capitale Dacca.
"Nous sommes constamment contraints de nous fournir auprès d'autres dispensaires", ajoute-t-il.
Depuis son indépendance en 1971, le gouvernement du pays de 170 millions d'habitants à forte majorité musulmane a déployé de gros moyens pour maîtriser sa démographie.
En déployant sur le terrain, au plus près des populations, une armée d'agents qui dispensent contraceptifs et conseils, il est parvenu à faire reculer le taux de fécondité de 6,3 enfants par femme en 1975 à 2,3 en 2022, selon les statistiques compilées par les Nations unies.
Mais le chaos politique né de la chute de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina en 2024, la décision l'année d'après de Donald Trump de tailler à la hache dans l'aide américaine au développement et la mauvaise gestion de l'administration ont changé la donne.
Ces facteurs expliquent également l'épidémie de rougeole meurtrière - plus de 400 morts - qui sévit depuis mars au Bangladesh, ces facteurs pèsent désormais aussi sur le planning familial.
Préservatifs, contraceptifs féminins et autres pilules du lendemain ne sont plus disponibles dans un tiers des 64 districts du pays, ont révélé les derniers chiffres du gouvernement publiés ce mois-ci.
- "Mauvaise gestion" -
Et dans les autres districts, les stocks baissent dangereusement.
Mère de deux enfants, Tamanna 22 ans, est obligé de revenir tous les mois au centre de Savar pour sa pilule contraceptive. Sans garantie de l'obtenir.
"J'avais l'habitude d'en recevoir trois ou quatre sachets, la quantité a été nettement réduite", constate cette femme au foyer qui préfère taire son patronyme.
Les premiers effets de ces difficultés d'approvisionnement ont déjà commencé à se faire sentir.
Pour la première fois depuis près d'un demi-siècle, le taux de fertilité a commencé à remonter. En 2024, il était de 2,4 enfants par femme, selon l'ONU.
"Le planning familial au Bangladesh était un peu comme un mouvement social", se désole, nostalgique, Tahmina, 54 ans, une militante chevronnée. "Quand j'ai commencé en 1992, les gens venaient secrètement pour qu'on leur donne la pilule ou des préservatifs".
Pour de nombreux fonctionnaires, la crise actuelle trouve son origine dans la désorganisation des services publics.
"L'épidémie de rougeole, la pénurie de vaccins antirabiques et maintenant la crise du planning familial. Tout ça, c'est la faute d'une mauvaise gestion", accuse l'expert en santé publique Be-Nazir Ahmed.
- "Complications" -
"Pour des raisons purement administratives, nous n'avons pas pu nous approvisionner en produits de contrôle de naissance en 2024", concède sous couvert d'anonymat un responsable sanitaire.
"Nous n'avons pas non plus réussi à faire comprendre au gouvernement que nos stocks s'épuisaient", ajoute-t-il.
Spécialiste des sciences de la population à l'université de Dacca, le professeur Mohammad Bellal Hossein met aussi en cause le relâchement des autorités politiques, surtout après la pandémie de Covid.
L'ex-cheffe du gouvernement "Sheikh Hasina n'a participé qu'une seule fois aux réunions du conseil de la population en dix-sept ans", rappelle l'universitaire.
L'arrivée au pouvoir du gouvernement de son rival Tarique Rahman après les législatives de février n'a pas amélioré la situation. De plus en plus de femmes sont désormais contraintes de recourir à d'autres méthodes comme la pilule du lendemain, sans suivi médical.
"Nous recevons désormais des patientes avec des complications post-avortement", constate Kishwar Imdad, de l'ONG pakistanaise Marie Stopes.
"Nous avions arrêté nos programmes en zone rurale en 2024 pour cause de pénurie de médicaments", ajoute son chef pour le Bangladesh, "la chaîne d'approvisionnement n'a pas encore été rétablie".
Sollicité par l'AFP, le responsable du planning familial au minstère, Mohammad Abdul Kalam, s'est voulu rassurant.
"Nous avons sécurisé des livraisons de pilules et de préservatifs qui commenceront à être disponibles dans les centre en juin", promet-il, "il ne devrait plus y avoir la moindre pénurie d'ici au mois d'août".
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Un employé range les boîtes de préservatifs dans une pharmacie à Dacca, au Bangladesh, le 27 avril 2026 - Salahuddin Ahmed (AFP)