Grèce : les poissons-ballons dévastent la pêche en Crète
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Grèce : les poissons-ballons dévastent la pêche en Crète.
Ierapetra (AFP) - Sur son bateau de pêche amarré dans le port grec de Iérapetra, en Crète, Alexis Charlambakis ouvre la gueule d’un des deux poissons-ballons pêchés ce jour-là, dévoilant deux dents tranchantes sur chaque mâchoire.
"Si l'un d'eux vous mord, il peut vous sectionner un doigt !", s'exclame le pêcheur de 43 ans. "Ils sont la destruction de la mer !".
"Ils ne laissent rien derrière eux !", se désespère Alexis Charlambakis face à cette espèce parmi les plus destructrices de la Méditerranée orientale.
Présents en mer Rouge et dans les océans Indien et Pacifique, les poissons-ballons à bande argentée sont entrés en Méditerranée par le Canal de Suez, selon l'Université française Côte d'Azur qui recense les espèces non-indigènes de Méditerranée.
Leur multiplication dans les eaux grecques est un exemple de la manière dont le réchauffement des mers et océans modifie les écosystèmes et bouleverse les économies qui en dépendent.
Au large de la plus grande île de Grèce, les pêcheurs voient leurs prises se réduire à cause de ces poissons qui mesurent de 40 à 60 cm.
"C’est un poisson omnivore qui mange tout ce qu’il rencontre", souligne Giannis Giankakis, un pêcheur de 65 ans. "Rien ne semble le déranger car il n’a pas de prédateurs naturels".
Il réduit également les filets en lambeaux.
"Nous laissons nos filets dans l’eau une heure, pas plus, et ils les déchiquettent", déplore un autre pêcheur, Babis Doriakis, âgé de 25 ans.
Les poissons-ballons, qui se nourrissent de poissons, de crustacés et de calmars, causent chaque année quelque 8.500 euros de dégâts et de pertes de revenus aux bateaux de pêche, évalue Nota Peristeraki, biologiste marine au Centre hellénique de recherche marine (HCMR), basé près d'Héraklion, la plus grande ville de Crète.
Outre leurs redoutables dents, ces prédateurs sont une menace pour la santé humaine en raison de leur chair toxique.
Elle contient de la tétrodotoxine, "une toxine extrêmement dangereuse en cas d'ingestion", alerte Thekla Anastasiou, biologiste marine du HCMR. "Elle provoque une insuffisance cardiaque et un arrêt du fonctionnement des poumons".
Parmi les près de 200 espèces de poissons-ballons vivant dans les eaux chaudes du globe, trois se trouvent actuellement dans l’est de la mer Méditerranée.
Les scientifiques du HCMR les ont recensées pour la première fois en Grèce en juin 2005, précise Nota Peristeraki.
Initialement localisés au large de la Crète et de l'archipel du Dodécanèse en Egée (sud-est), ils se sont depuis propagés à d’autres zones, précise la biologiste.
"Il est impératif de réduire leur population", affirme-t-elle.
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Le pêcheur grec Alexis Charlambakis montre deux poissons-ballons pris dans ses filets à Ierapetra, en Crète, le 3 juin 2026 - Angelos TZORTZINIS (AFP)