Manuel du fact-checking à l'AFP (partie 2)
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Manuel du fact-checking à l'AFP (partie 2)
Introduction
Ce guide fournit des règles éditoriales sur le fact-checking à l'AFP. Notre mission est de vérifier les affirmations trompeuses ou mensongères qui circulent de manière virale et qui ont un impact significatif sur la couverture de l'actualité par les médias ainsi que sur le discours public.
Nous vérifions en priorité les affirmations nocives et dangereuses.
Nous devons nous montrer équilibrés, et ne devons pas, par exemple, nous concentrer sur un seul candidat, parti politique, ou site internet, à moins qu'il ne diffuse de manière répétée des contenus nuisibles dans le but de désinformer.
L'exactitude est primordiale, tout comme le fait d'expliquer de manière claire et transparente la façon dont nos investigations ont été menées.
Les erreurs doivent être immédiatement corrigées et de manière transparente.
Il relève de la responsabilité des fact-checkers de se familiariser avec les règles énoncées dans ce guide, dans le code de déontologie de l'AFP et les 20 principes concernant les sources.
Nous sommes tenus de respecter le code de principes de l'IFCN et celui de l’EFCSN.
IMPACT ET PORTEE
Expliquez la portée de la fausse information. Cela peut se traduire en donnant des détails sur le nombre de partages ou de vues sur les différents réseaux sociaux ou encore en indiquant le nombre d'abonnés d'un compte.
Nous ne devons pas utiliser les termes "très partagé" ou "viral" sans chiffres pour appuyer ces expressions, ni estimer la viralité autrement que par le nombre de partages ou de vues. Nous pouvons choisir les publications à vérifier pour pouvoir les évaluer sur Facebook, mais il ne faut pas pour autant se concentrer uniquement sur Facebook ou X. Nos fact-checks doivent expliquer de manière aussi complète que possible comment la fausse information se répand sur les réseaux sociaux, en incluant les applications de messagerie privée quand c’est nécessaire.
Nos fact-checks doivent expliquer de quelle manière la fausse information se répand sur les réseaux sociaux, en incluant les applications de messagerie privée.
Il n'existe pas un nombre minimum de partages pour décider de lancer ou non un fact-check.
Une publication à 100 partages peut paraître très peu virale dans de nombreux pays, mais être importante dans d'autres qui contrôlent strictement les réseaux sociaux, ou bien où le fonctionnement de certaines plateformes est différent. Cela dépend aussi des langues : une publication en anglais aura forcément un nombre de partages plus élevé qu'un contenu en slovaque ou en catalan. Si un contenu est partagé à l'identique un très grand nombre de fois avec peu de partages, il est aussi possible d'estimer que l'accumulation de ces partages rend la publication assez virale pour la vérifier.
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE
Les contenus générés par IA posent de nouveaux défis aux fact-checkers, car les outils de vérification numérique existants sont largement incapables de déceler si une image a été produite par l'IA. En effet, ces images sont recréées pixel par pixel à partir d'une série d'images tirées d'une vaste base de données. Les logiciels utilisés pour les détecter ne donnent à ce jour pas de résultats fiables. De plus, une fois diffusées sur internet, ces images ne contiennent pas non plus de métadonnées, susceptibles de donner des indices sur leur authenticité.
Pour l'instant, les fact-checkers doivent s'appuyer sur des méthodes existantes pour détecter les images générées par des outils comme Midjourney, DALL-E, Craiyon et Stable Diffusion. Ces techniques comprennent des recherches d'image inversée afin de déterminer la date à laquelle l'image a été mise en ligne pour la première fois, éventuellement son origine, ainsi que les images similaires dont elle pourrait s'inspirer. Le fact-checking utilise aussi des indices visuels qui montrent des incohérences dans les images générées par IA, comme des perspectives déformées, des objets ou détails physiques disproportionnés, souvent en arrière-plan de l’image, comme une main à six doigts, des reflets ou des ombres incohérentes. A noter aussi que certains logiciels d’IA apposent un filigrane pour “signer” l’image.
INVESTIGATIONS
Soyez clair sur la façon dont l'origine d'une image a été trouvée et le fact-check écrit. Les lecteurs doivent être capables de comprendre comment les recherches ont été menées et de pouvoir suivre les étapes de l'enquête pas à pas afin de la refaire eux-mêmes. C'est aussi important pour les autres fact-checkers de notre réseau, qui auront besoin de bien comprendre la démonstration pour traduire l'article.
LONGUEUR
Nous devons écrire précisément et de manière concise, mais nos fact-checks doivent aussi être exhaustifs, donc ne laissez aucun élément important de côté pour économiser deux ou trois paragraphes. Le contexte doit être clairement expliqué. Les lecteurs qui ne voudraient pas aller au bout du fact-check vont généralement regarder le titre et la photo d'en-tête (d'où l'importance d'avoir une image d’en-tête qui, autant que possible, donne la conclusion du fact-check et n'est pas juste une image générique).
MEDIAS
Il faut renvoyer autant que possible vers des dépêches AFP. Si l'AFP n'a pas couvert l'événement relatif au fact-check, on peut néanmoins citer des médias locaux, s'il s'agit de sources fiables. Il faut éviter autant que possible de renvoyer vers des contenus payants, qui sont une source de frustration pour les lecteurs qui n'y sont pas abonnés et ne peuvent pas y accéder.
ORGANISATIONS DE FACT-CHECKING
Nous n'utilisons pas la production d’autres organisations de fact-checking comme source primaire. Cependant, si le fact-check d'un autre média nous a servi lors de nos investigations, nous devons le mentionner. Si vous trouvez un élément de réponse grâce à un autre fact-check, vous devez refaire la vérification vous-même et le signaler clairement dans votre article. Vous pouvez aussi citer le fact-check d'un autre média, par exemple si vous arrivez à la même conclusion mais par une méthode de vérification différente.
OPINIONS
Nous ne vérifions pas les opinions.
PARTAGES
Donnez un nombre de partages arrondis, pas le chiffre exact (par exemple dites plus de 500 fois, pas 546 fois). Il faut aussi spécifier depuis quand le contenu circule sur les réseaux sociaux : il peut parfois être vieux de plusieurs années, mais refaire surface à la lumière d'événements récents. Faites attention en utilisant des indicateurs de mesures d'audience, comme le nombre de vues sur une vidéo ou le nombre de commentaires ou de réactions pour illustrer la viralité d'une publication. Des utilisateurs peuvent ne pas avoir regardé une vidéo en entier ou bien avoir alerté en commentaire qu'il s'agit d'une fausse information.
PROPAGANDE
La propagande est un terme souvent utilisé dans un contexte de désinformation.
Par définition, c'est une tentative délibérée par un acteur, politique ou d'un autre domaine, d'influencer la manière dont les gens pensent et se comportent en utilisant plusieurs méthodes comme une couverture médiatique biaisée dans la presse, à la radio ou à la télévision, par des contenus postés sur les réseaux sociaux, des films, des affiches, de la musique, des mèmes, de la publicité et toute autre forme de communication. La propagande peut se fonder sur des exagérations ou des mensonges, être biaisée et trompeuse, et joue souvent sur les peurs des gens et ses conséquences, mais n'est pas nécessairement fausse.
SANTE
Évitez les formulations, même dans les titres, les en-têtes ou légendes qui pourraient laisser entendre que l'AFP se prononce sur l'efficacité ou la sécurité d'un médicament ou d'un vaccin.
Nous devons citer des études et sources médicales respectées pour prouver que la publication est fausse.
N'écrivez pas : "les vaccins ont été testés correctement" ou "il est faux de dire que les vaccins n'ont pas été testés correctement".
Utilisez plutôt des formulations comme : "l'OMS, la FDA et plusieurs autres organisations de santé ont conclu que les essais démontraient l'efficacité des vaccins et estiment qu'ils sont assez sûrs pour autoriser leur mise sur le marché".
De la même manière, nous devons éviter les formulations comme "les vaccins ne causent pas XXX". Il peut y avoir de rares cas d'effets indésirables donc nous devons attribuer ces citations à des sources reconnues.
Donnez à chaque fois la date à laquelle vous avez recueilli la citation ou le fait qui nourrit votre démonstration.
SOURCES
Les sources doivent être clairement identifiées par nom, âge si c'est pertinent, titre, métier, affiliation, et tout autre élément qui pourrait renforcer la crédibilité de la démonstration.
Si nous citons des experts, nous devons être précis quant à leurs qualifications et renvoyer vers des sites pertinents qui les présentent. Nous devons avoir au moins deux sources indépendantes dans chaque article, en plus des démentis éventuels des parties incriminées.
Nous devons faire particulièrement attention au fait que contacter des désinformateurs ou ceux qui diffusent des théories conspirationnistes peut mener à du harcèlement et du doxing. La décision de les contacter ou non doit être pesée. Sur ce sujet, vous pouvez consulter les 20 principes concernant les sources.
Tous les faits et chiffres cités dans un article doivent avoir une source claire et identifiée.
SOURCES ANONYMES
Une source anonyme ne peut pas être citée dans un fact-check. Si une personne veut être citée uniquement par sa fonction, comme un porte-parole de la police par exemple, et qu’elle fournit une information essentielle qui ne peut être obtenue autrement, la décision de le ou la citer comme tel doit être prise avec les responsables hiérarchiques. Identifier les sources est essentiel à la crédibilité du fact-checking et permet aux lecteurs de vérifier la qualité de ces sources s’ils le souhaitaient.
SUJETS LEGERS / HORS ACTUALITE
Même si notre priorité est de fact-checker des sujets qui ont une importance majeure dans le paysage médiatique et qui peuvent avoir des conséquences néfastes, nous devons aussi couvrir des histoires plus légères ou détachées de l'actualité. En plus d’attirer le lecteur, ces histoires ont une valeur pédagogique en permettant de montrer aux lecteurs à quel point il est simple, par exemple, de manipuler des images et la façon dont nous procédons pour faire de l'investigation en ligne. Ces fact-checks peuvent les encourager à se poser des questions avant de partager des publications trop belles pour être vraies à l'avenir.
TERMINOLOGIE
Nous devons utiliser les termes suivants pour les fact-checks :
- Faux : nous jugeons un contenu "faux" lorsque plusieurs sources fiables l'ont réfuté ;
- Vrai : nous jugeons un contenu "vrai" quand plusieurs sources fiables ont confirmé que l'information était authentique ;
- Trompeur : nous jugeons un contenu trompeur quand il utilise de vraies informations (texte, photo, vidéo) sorties de leur contexte ou associées à un autre contexte ;
- Photo altérée : lorsqu'une photo a été manipulée pour tromper ;
- Vidéo altérée : lorsqu'une vidéo a été manipulée pour tromper ;
- Contexte manquant : Quand une affirmation est vraie, mais peut apparaître trompeuse car des éléments de contexte manquent pour une bonne compréhension ;
- Satire : Quand une affirmation est humoristique et n'a pas vocation à tromper (ex : humour, parodie).
TITRES
Les titres doivent être courts et expliquer clairement l'affirmation vérifiée, même si celle-ci apparaît aussi dans la photo d’en-tête. Dit autrement, le titre doit pouvoir être lu seul.
Par exemple, il faut écrire : Cette photo a été prise à Londres en 2014 et ne montre pas une manifestation contre l’inaction climatique à Paris.
N'écrivez pas : Ce n'est pas une image d'une manifestation contre l’inaction climatique à Paris.
Pensez à inclure des mots-clés et des noms propres pour optimiser le référencement des fact-checks.
TRADUCTIONS
Chaque traduction doit être adaptée au contexte local, et enrichie si nécessaire par d'autres sources, contexte, ou tout autre élément qui renforce la vérification.
VIDEOS LONGUES / DOCUMENTAIRES
Si une vidéo longue ou un “documentaire” véhicule des fausses informations, nous pouvons en vérifier des éléments-clés. Souvent, les fausses informations sont noyées dans une série de faits factuellement vrais. Dans ce cas, il est alors essentiel de montrer qu'il existe suffisamment de faux éléments pour discréditer le film en entier.
VISIBILITE DONNEE AUX INFOX
Notre rôle est de vérifier de fausses affirmations, pas de les rendre encore plus virales, nous devons donc faire très attention à la façon dont nos fact-checks sont présentés. Nous devons être attentifs à commencer la vérification par une vraie information puis l'affirmation erronée que nous vérifions. Quand c'est possible, la façon la plus efficace de faire cela, c’est le "sandwich de la vérité" (truth sandwich) - c'est-à-dire la vérité, suivie par la fausse information, puis la vérité.
Ecrivez : les pédiatres ont averti les parents de ne pas essayer de faire eux-mêmes leur lait maternisé, contredisant des publications qui incitent les parents confrontés à des pénuries à en produire eux-mêmes. Les pédiatres affirment que le lait maternisé fait maison pourrait manquer de vitamines et de nutriments essentiels et être dangereux pour les bébés.
Plutôt que : Des publications partagées sur les réseaux sociaux affirment que les parents qui font face à des pénuries de lait maternisé devraient essayer de le faire eux-mêmes. Mais des pédiatres ont assuré qu'ils ne recommandent pas à leurs patients d'utiliser du lait maternisé fait maison, avertissant que celui-ci peut provoquer un manque de vitamines et de nutriments clé pour aider les enfants à bien grandir.
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